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Villa Grecque Kérylos

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La rencontre de deux passionés[modifier]

La villa Kérylos est née d'une rencontre : celle d'un mécène érudit et d’un architecte. De ce rêve d'antique naît une villa moderne.

Théodore Reinach, un grand savant Théodore Reinach (1860-1928) était le plus jeune de trois frères surdoués, d’une famille de banquiers venus de Francfort. Personnalités incontournables de la IIIème République, les trois frères Reinach étaient surnommés les « Je-Sais-Tout », surnom dû à leur extraordinaire érudition : Joseph, l’aîné, fut député et collaborateur de Gambetta ; Salomon, membre de l’Institut, se distingua comme conservateur du Musée national des Antiquités. Quant à Théodore, doté tout jeune d’un double doctorat, en droit et en lettres, il s’orienta très rapidement vers l’histoire de la Grèce antique: à la fois archéologue, papyrologue, numismate, musicologue, il fut reçu à l’Académie des inscriptions et belles lettres et également député de la Savoie. De sa passion pour la Grèce naît le projet de construire une villa grecque à Beaulieu-sur-mer, non loin de la Villa Ephrussi de Rothschild. Mme Reinach était en effet la nièce du baron Maurice Ephrussi. A sa mort en 1928, Théodore Reinach lègue la Villa Kérylos à l’Institut de France, dont il était membre. Ses enfants et petits-enfants l’habitent jusqu’en 1967, date à laquelle elle est classée monument historique.

Emmanuel Pontremoli (1865-1956), un architecte passionné Théodore Reinach propose à Emmanuel Pontremoli ce projet fou : construire une villa grecque antique à Beaulieu. D'emblée, le jeune architecte est séduit. Et conscient des difficultés : « Je savais, écrit-il en 1934, et les expériences déjà tentées me le faisaient amplement sentir, que toute restauration, reproduction, reconstitution, d'une demeure du passé est vide de sens si on s'attache exclusivement à ce qu'on croit être la vérité, ou la prétendue vérité archéologique. Je savais aussi que cette recherche est vaine, vouée au plus irrémédiable échec, puisque, dès les premières tentatives, le document exact, probant, ferait défaut, et que dès lors, tout s'évanouirait par manque de bases certaines »

Pas question donc, de pasticher, mais bien de réinventer la Grèce. La liberté est le seul mot d'ordre pour réussir cette entreprise. Une entreprise de longue haleine puisqu'il fallut six années à l’architecte, de 1902 à 1908, pour réaliser ce chef d’œuvre. En 1921, Emmanuel Pontremoli fut nommé Inspecteur Général des Bâtiments Civils et des Palais Nationaux. Il intervint à ce titre dans les anciennes résidences royales comme Versailles, Marly, Rambouillet… A la fin de sa carrière, il fut le premier architecte à être nommé directeur de l’école des Beaux-Arts de Paris. Une consécration, dont il pouvait, en effet, "se réjouir".

Une étonnante réinvention Loin d’être une simple reproduction des nobles demeures de l’île de Délos, la Villa Kérylos est plutôt une réinvention de la Grèce antique. Il ne s’agit pas pour les deux hommes de faire un pastiche mais de créer une œuvre originale en « pensant grec ». Emmanuel Pontremoli fait la preuve de son génie en aménageant subtilement au milieu du luxe antique le confort moderne des villas de la Belle Epoque : bassin du Balneion alimenté en eau par des robinets dissimulés sous des grilles rondes, ou cet étonnant piano pliant conçu par Pleyel dont la mécanique est cachée dans un coffre en citronnier.

La Villa Kérylos est ainsi un lieu magique chargé de mémoire, qui offre un regard très vivant sur la culture antique, et un témoin de la Belle Epoque

Une époque formidable Hommage très original à la civilisation antique, elle s’inscrit aussi dans la tradition de la Riviera. Beaulieu-sur-Mer était alors à la fin du XIXème siècle et au début des années 1900 le lieu de rencontre des grands de ce monde.

Une triste fin ? Les multiples activités parisiennes de Théodore Reinach l'empêchèrent de profiter pleinement de sa villa, pourtant splendide et fort coûteuse. La députation de la Savoie, sa chaire de numismatique ancienne au Collège de France, ses fonctions de directeur de différentes revues l'occupent à Paris. La Première Guerre mondiale le contraint d'accepter une mission aux États-Unis, en 1917, l'année de la mort de sa femme. Théodore Reinach s'éteint prématurément en 1928. Il ne saura jamais qu'une partie de sa famille sera déportée, notamment son fils Léon, détenteur des archives de Kérylos, emportées par la Gestapo.

Un palais de la Grèce antique[modifier]

Conçue sur le modèle des maisons nobles de l’Ile de Délos au IIe siècle av. J.-C., la Villa Kérylos est une invitation au voyage au cœur de l’antiquité grecque. Tout, de l’organisation des espaces au raffinement de la décoration, a été pensé dans le but de recréer l’atmosphère d’une luxueuse villa grecque. A l’image des habitations méditerranéennes, la villa Kérylos s’organise autour du péristyle, vaste cour centrale entourée de douze colonnes monolithes en marbre blanc de Carrare. C’est là que le maître des lieux, Théodore Reinach, aimait à se promener.

Le péristyle Pièce majeure du rez-de-chaussée : le péristyle. Atrium pour les uns, patio pour les autres, cette cour centrale représente l'un des fondements essentiels d'une maison antique. Air et lumière y circulent, y baignent et entretiennent les lauriers-roses. Au centre, une vasque sobre et épurée. Pas d'ornementation inutile, pour rappeler le rôle primordial de l'eau, source de vie. Même pureté pour les douze colonnes d'ordre dorique ou ionique en marbre blanc de Carrare. Le visiteur admirera ainsi, outre le calme des lieux, d'un autre âge, les fresques (de Jaulmes et Karbowsky, élèves de Puvis de Chavannes), inspirées des vases antiques (conservés aux musées de Berlin, Munich et du Vatican). Apollon, Hermès se disputent la lyre, après la mort de Talos, après la conquête de la Toison d'Or. Apollon – encore lui – voyage au pays des Hyperboréens, Héphaïstos revient dans l'Olympe, Pélops entretient sa légende. Une animation statique. Nouveau paradoxe pour ce palais de légendes.

Les autres pièces s’organisent autour du péristyle La bibliothèque construite sur un étage et demi, est exposée au levant pour faciliter la lecture au matin. C’est sans doute la plus spectaculaire et la plus imposante des salles entourant le péristyle. Inspirée de son modèle antique, cette pièce est dédiée à Athéna. Ici, trônent les ouvrages de ce dernier, relatifs aux arts plastiques, à la culture des Anciens… et un remarquable mobilier : bahuts et armoires de chêne à incrustations d'après des modèles découverts à Herculanum en 1762, chaises à l'égyptienne et pupitre.

Au plafond, un magnifique lustre, réplique de celui de Sainte-Sophie, à Constantinople. Enfin, pour combler davantage le visiteur, des objets authentiques retracent la vie quotidienne des Anciens : statues de "tanagra", verres romains, amphores, vases... Pour reprendre les mots de Reinach, inscrits sur le mur sud de la pièce : "C'est ici qu'en compagnie des orateurs, des savants et des poètes grecs, je me ménage une retraite paisible dans l'immortelle beauté."

Après s'être délecté des nourritures spirituelles, le visiteur est invité à déguster les nourritures terrestres. Dans la salle des banquets, nommée triklinos, trois lits dressés à hauteur des tables permettaient aux convives de prendre les repas allongés, conformément au mode de vie des Grecs.

Dans l'andron, le grand salon, les hommes (et uniquement eux) discutaient, comme le faisaient les femmes dans leur gynécée. Les murs sont de marbre, et le tapis, de mosaïque : Thésée y combat le Minotaure, dans un mouvement figé.

Attenant, l'oïkos, le petit salon réservé à la famille. Plus intime que l'andron mitoyen, l'oïkos de Reinach est dédié à Dionysos, dieu du vin et du théâtre. Une lumière omniprésente. Un bain de lumière, grâce au sol de mosaïque claire, aux murs avec leurs compositions de stuc narrant la légende de la divinité du lieu (Dionysos). De la lumière encore sur le trésor que recèle le coffre de citronnier incrusté : l'étonnant piano signé par Pleyel (1913). En 1893, Théodore Reinach transcrit, sur le chantier des fouilles de Delphes, les Hymnes d'Apollon découverts sur un marbre dans le « trésor des Athéniens ». On dit que Gabriel Fauré, qui en harmonisa ensuite la partition, joua le morceau sur ce fameux piano néo-grec.

Enfin, de l'autre côté du péristyle, un autre univers… très antique : le balaneion ("les thermes"), bains privés réservés aux maisons de luxe, est en marbre tigré de Carrare. Les Grecs avaient l’habitude de s’y délasser avant le repas du soir. Là encore, Pontremoli a fait preuve d'une liberté incomparable et d'un bel esprit d'adaptation. Pièce maîtresse, le bassin octogonal. Profond d'un mètre, ses côtés sont en marbre tigré de Carrare, son sol de mosaïque représente les fonds marins. Sa forme, classique dans le monde grec, sera reprise, plus tard, par les baptistères chrétiens. La modernité, maintenant. Discrète, elle n'en est que plus efficace. Les deux grilles ajourées cachent les robinets. Des aménagements modernes, qui, finalement, coulent de source !

Une intimité à l'ancienne Viennent ensuite les appartements privés situés au premier étage. Un étage plus intime, réservé au maître de maison et à son épouse.

  • Les appartements de Monsieur

Le nikaï ("les victoires") est la salle de bain de Théodore : la toilette est ici élevée au rang de rite. Une baignoire en marbre de Carrare taillée dans un seul bloc, bien campée sur ses énormes pattes griffues, s'amuse de la stupéfaction du visiteur. Les robinets à col de cygnes et tête de dauphins préfèrent une attitude plus lointaine. Au-dessus de la baignoire, des stucs d'une grande finesse : œuvres du sculpteur Gasq, ils lui ont été inspirés par la visite du musée des Thermes à Rome. La chambre de Théodore Reinach, l'érotès ("les Amours"), est dédié à Éros, le dieu de l'amour. Celui-ci batifole d'ailleurs gaiement sur les murs, au milieu des vignes. Le lit est en bronze et bois incurvé. Ouverture sur le sud, le bleu méditerranéen, et intérieur à dominante rouge pompéien. Ce rouge, caractéristique de la palette chromatique des Grecs, rappelle également le palais de Cnossos.

  • Les appartements de Madame

La chambre de Madame. L'Ornitès ("les Oiseaux") est dédiée à Héra, épouse de Zeus, déesse du mariage et de la féminité. Comme pour la chambre de Théodore, dont elle est séparée par deux salles de bains, des rideaux à rinceaux jouent le rôle d'alcôve mobile. Le bleu nuit des fresques confère une atmosphère particulièrement apaisante à cette pièce. Dans l'ampélos tout proche, salle de bain de Mme Reinach, une étonnante douche à ciel ouvert. Un astucieux système de robinetterie permet trois jets : en pluie (kataxysma), en eau courante (krounos) et en cercle (périkyklas). 1530 jets circulaires pour des litres de bonheur ! Cette douche est une reproduction d'un modèle antique, qui permettait ainsi de profiter de l'eau de pluie. Vient ensuite le triptolème, petite salle de repos entre les deux salles de bains. Curieux nom pour un petit salon ! Il vient de la mosaïque, dont le motif central est emprunté à une coupe grecque conservée au Vatican et représentant Triptolème, héros d'Éleusis, sur un char.

Un cadre somptueux Autour de la villa, le jardin offre une vue splendide sur la presqu’île de Saint-Jean-Cap-Ferrat et ses magnifiques demeures. Il présente un choix harmonieux de végétation grecque : oliviers et vigne, grenadier, caroubier, acanthe et myrte, lauriers-roses et iris, pins et cyprès, palmiers et papyrus recréent l’atmosphère grecque, sous le soleil de la Côte d’Azur.


Des collections uniques[modifier]

Un mobilier rare Entièrement meublée, la villa reconstitue jusque dans les moindres détails le raffinement de la décoration des palais grecs antiques. Le mobilier d’une élégance raffinée est l’un des aspects les plus remarquables de la Villa. Inspiré d’une façon très exacte de modèles antiques, il a été conçu selon des méthodes artisanales. Coffres, pupitres, tabourets tressés de cuir, tables à trois pieds, lits de bois et de bronze… Tout a été confectionné dans des bois exotiques précieux : palissandre, prunier d’Australie, bois d’Angélique, noyer d’Amérique, citronnier de Ceylan… et incrusté d’ivoire ou de corail.

Des scènes de la mythologie grecque Dans toutes les pièces, fresques et mosaïques, inspirées de documents antiques, représentent des scènes de la mythologie grecque. Le visiteur assiste à la mort de Talos après la conquête de la Toison d'or, au retour d'Héphaïstos dans l'Olympe, aux principaux épisodes de la légende de Pélops et de la vie d'Apollon.

La galerie des antiques Trois galeries présentent des moulages grandeur nature des plus belles statues grecques. Dans la galerie du drapé féminin, trois déesses attendent le visiteur : Aphrodite dite “Vénus Génitrix”, “Athéna à la ciste”, “Aphrodite au pilier Artémis (Diane) dite “Diane de Gabies ”. Dans la galerie des Aphrodites, deux Aphrodite : l'une dite “Vénus d'Arles”, l'autre dite “Vénus de Milo” exposent leurs charmes. Dans la galerie des dieux et athlètes, les muscles sont à l'honneur : Apollon dit Apollon du Belvédère, Athlète lanceur de disque dit “le Discobole”, Athlète lanceur de disque dit “le Discophore", Arès (Mars) dit “Arès Borghèse”. Les statues sont très présentes à Kérylos, la plupart étant des moulages : le Sophocle du Latran dans le proauleion, l’aurige de Delphes dans la bibliothèque, l’Athéna Farnèse dans l’amphityros, la statue équestre d’Alexandre dans l’andron, l’Héraklès à la biche dans l’oïkos, l’Hermès-Dionysos de Boêthos dans le vestibule du premier étage…

Xaipe (« Réjouis-toi ») Les matériaux les plus rares ont été utilisés : stucs délicats, marbres veinés aux tons variés de mauve ou gris, de Carrare ou de Sienne, d’opale ou d’albâtre.Tous ces détails sont autant de symboles révélateurs de l'esprit des lieux : Xaipe (« Réjouis-toi ») est le seul mot d'ordre donné au visiteur de la villa Kérylos.

Site officiel de la Villa Kerylos

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