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Villa Ephrussi de Rothschild

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Au pays des merveilles[modifier]

Soutenez le musée : Site des Amis du Musée Villa Ephrussi de Rothschild

Une rose excentrique[modifier]

Par sa naissance puis par son mariage, Madame Ephrussi devait devenir l'un des plus grands collectionneurs de son siècle. Fille du baron Alphonse de Rothschild, elle grandit au château de Ferrières. Là, elle s'initie à l'art grâce à la fabuleuse collection de James de Rothschild.

En 1883, elle épouse Maurice Ephrussi ("Frousse", comme elle le surnomme affectueusement). Elle entre alors dans une famille de banquiers et d'exportateurs de blé originaire d'Odessa, eux-mêmes collectionneurs et amis des Rothschild. Un des cousins de son époux n'est autre que Charles Ephrussi, mécène des impressionnistes.

Pour la construction de la villa, elle s'adjoint les talents de tous les experts et marchands, amis de la famille. Un conseil d'excellence, efficace, à en juger par les pièces exposées ici. La prospection, à travers le monde, commence, jubilatoire et élitiste. Les recherches portent leurs fruits : la baronne fait parvenir par le train de Beaulieu des œuvres qu'elle sélectionne sur le quai de la gare. Petite anecdote : un jour, elle achète les ruines d'une chapelle, pour ne garder qu'une fresque !

Au cours de ses pérégrinations, elle affirme, outre sa passion pour l'art, son amour de la nature. Vérone, Florence, Venise entre autres (d'où le terme de palazzino), des jardins exotiques aux déserts, tout la fascine. Et naturellement, de la même façon qu'elle s'entoure d'œuvres d'art, elle recrée dans la villa un cadre propre à répondre à son insatiable curiosité.

Entre bon goût et fantaisie, la baronne choisit le fantasque telle une jolie fleur d'extravagance. Béatrice Ephrussi reçoit ses fournisseurs toute de rose vêtue, de l'ombrelle de soie à la pointe des bottines ; même le sac à main en peau de crocodile n'y échappe pas. Du rose, encore du rose, partout du rose. À la fois couleur et fleur.

Édifier une villa rose, faire de cette fleur mythique l'ornement indispensable de chaque pièce. Mme Ephrussi voue un culte à cette couleur. Sa villa de Monte-Carlo ne s'appelle-t-elle pas "Rose de France" ? Elisabeth de Gramont fait ainsi son portrait: "Elle était ravissante et dès l'âge de vingt ans, ses cheveux devinrent blancs, ce qui lui donnait l'air d'être poudrée. Elle portait presque toujours des robes roses et semblait partir éternellement pour un bal paré."

Et Béatrice ne s'arrête en si bon chemin. Elle compte bien recevoir ses amis avec le faste d'une Marie-Antoinette, transformer sa maison en zoo exotique, havre de paix pour ses compagnons favoris : perruches, singes, mangoustes, flamands roses… Encore du rose...

Extravagante, excentrique, la baronne n'en demeure pas moins fidèle. Elle séjourna peu dans ce palazzino, et n'y habita plus du tout après la mort de son mari, en 1916, préférant alors ses résidences de Monte-Carlo. Elle s'éteint en 1934 à l'âge de 70 ans, léguant sa propriété à l'Académie des Beaux-Arts.

La Belle Époque de la Riviera[modifier]

La Riviera. Un nom évocateur de luxe, de richesse. Un condensé d'élégance sur quelques kilomètres entre ciel et mer. Emplacement idyllique pour les volontés impérieuses de Béatrice. En effet, apprécié pour sa beauté mais aussi pour la proximité de Nice et de Monte-Carlo, le Cap Ferrat attire à la belle Époque l'attention de l'élite internationale, qui prend ses quartiers d'hiver sur la Riviera. En 1905, Mme Ephrussi acquiert sept hectares de terrain sur la partie la plus étroite de l'isthme. Un achat au nez et la barbe du roi Léopold II de Belgique, qui aurait volontiers agrandi le parc de sa villa voisine, avec ce paradis terrestre.

Un paquebot en partance[modifier]

La topographie même de son nouvel Eden inspire déjà la baronne. Elle décide de concevoir le jardin principal comme le pont d'un paquebot. En effet, quel que soit l'endroit où l'on porte le regard, on voit la mer. Béatrice peut ainsi s'imaginer à bord du paquebot "Île de France". Laisser remonter les souvenirs heureux d'une croisière à bord de ce navire. C'est décidé : la villa sera baptisée "Île de France" ! De la loggia, l'amirale Béatrice peut même surveiller son équipage de trente jardiniers, coiffés de bérets à pompon rouge.

Neuf jardins de rêve[modifier]

La villa est entourée de neuf magnifiques jardins ornés de patios, de cascades, de bassins, de parterres fleuris, d’allées ombragées et d’arbres aux essences rares : jardins florentin, espagnol, à la française, exotique, lapidaire, japonais, provençal, roseraie et enfin jardin de Sèvres.

La réalisation des jardins nécessita sept ans de travaux, de 1905 à 1912. Comme pour la villa, elle a fait appel à des personnalités de renom comme Harold Peto, Achille Duchêne. Paysagiste fort prisé en Europe et aux États-Unis, il a bâti sa réputation sur la création de jardins d'inspiration classique. Senteurs et splendeurs des essences, diversité des plantations ravissent le visiteur, étonné et charmé par tant de magie végétale. Pénétrer dans cet Eden, c'est embarquer pour un voyage autour du monde. Une croisière transatlantique.

Le jardin à la française domine tous les autres. Par sa taille et par son emplacement. Il se trouve dans le prolongement direct de la villa. Du bâtiment, la perspective s'impose, magnifique, close en son terme par le temple de l'Amour. Cette réplique exacte de celui de Trianon domine la cascade à degrés. La pente de celle-ci a d'ailleurs été spécialement structurée pour donner à l'eau un effet de blancheur, le fameux "châle d'eau" des Orientaux.

Côté jardin, le lieu offre aux amoureux de l'art une vue unique sur le palazzino. L'été, lotus et nénuphars colonisent les grands bassins. Les pelouses, ornées de pots à feux classiques et de grands vases Renaissance italienne, se prélassent dans un agencement parfait. Sur la terrasse du Levant, les sculptures catalanes attendent, sereines, sûres de leur succès auprès du visiteur. Émerveillement face à une nature épanouie et pourtant si structurée.

En descendant les grandes marches, le visiteur atteint le jardin espagnol. Datura, arums, chèvrefeuille exhalent, l'été, leurs parfums entêtants. Aranjuez n'est pas loin... À l'extrémité de ces escaliers, une grotte, cachée derrière les colonnes de marbre rose. Une nouvelle subtilité dans cet isthme enchanté. Au milieu de la grotte, la fontaine au dauphin. Grâce à elle, le bassin prend toute son importance dans le décor, et s'étend au pied de la pergola, parée d'amphores catalanes et d'un banc gallo-romain. Une pause hors du temps, à l'ombre des colonnes.

Au-delà du bassin et de la pergola, face à la rade de Villefranche, le jardin florentin. Nouveau changement d'univers. En son centre, un grand escalier en fer à cheval encadre une grotte rocailleuse : derrière les philodendrons, jacinthes d'eau et autres papyrus, un éphèbe de marbre détourne le regard du panorama qui lui fait face.

En suivant l'allée florentine, bordée de cyprès, le visiteur parvient au jardin lapidaire. Un spectacle étrange intrigue par une accumulation recherchée d'œuvres d'art, de provenances et d'époques diverses. Parmi le camphrier et le laurier de Californie, se tient un conclave disparate d’œuvres pour lesquelles la baronne n’a pas trouvé de place à l’intérieur de la villa : des arceaux, des fontaines, des chapiteaux, des bas-reliefs du Moyen Âge et de la Renaissance, des gargouilles monstrueuses, des grotesques en pierre, des gnomes provençaux et carnavalesques.

Entièrement restauré en 2003, grâce à un mécène, la Nippon TV, le jardin japonais "Cho-Seki-Tei" - qui signifie « jardin où l’on écoute tranquillement l’agréable bruit des vagues au crépuscule » - plonge le visiteur dans un « monde zen » où chaque élément symbolise le microcosme spirituel. Conçu et réalisé par le professeur Shigeo Fukuhara, ce jardin japonais accueille le traditionnel pavillon en bois, le pont, les lanternes et les vasques qui illustrent plus de mille ans de tradition japonaise. Apaisement assuré.

Des pas de pierre enjambent une petite source d'eau. Voici le jardin exotique, royaume des agaves et cactées gigantesques. Seuls ou par groupe serrés, ils semblent défier l'azur. Impressionnant !

Enfin, le bouquet final de ce feu d'artifice de verdure : la roseraie. La fleur fétiche de Béatrice sous toutes ses épines et tous ses pétales. Plusieurs variétés embaument ce lointain bout de jardin. Un coin à part, avec son petit temple hexagonal. Au centre de celui-ci, pour seule habitante, une divinité gracieuse. Une jeune fille qui se rit des sept colonnes qui la ceignent.

Et il ne faut pas manquer non plus le jardin provençal situé sur le flan Est et enfin le jardin de Sèvres qui achève la visite au pied du salon de thé.

Culturespaces a su valoriser ce cadre unique en restaurant depuis 1991 l'ensemble de ces jardins afin qu'ils retrouvent leur splendeur originelle. Au terme de sa promenade, le visiteur peut confirmer l'avis général : ces jardins sont bel et bien les plus beaux de la Côte d'Azur.

Le palais d'une collectionneuse[modifier]

Une folie vénitienne[modifier]

Impérieuse, Béatrice exigeait l'excellence. De 1905 à 1912, pas moins de dix architectes se sont succédés et ont patiemment écouté les doléances de la baronne. Pas facile de donner forme aux rêves d'une excentrique. Surtout quand elle sait exactement ce qu'elle veut. La commanditaire est autoritaire, l'architecte devient un docile exécutant. En réalité, le véritable architecte, c'est la baronne elle-même !

Venant des quatre coins du monde, ils créent une demeure aux multiples réminiscences. Florence, Venise, Ravenne deviennent leur point de référence, sans oublier les patios des grands palais espagnols.

La construction est toutefois achevée en 1912, après bien des crises et des péripéties. L'une d'elles faillit d'ailleurs coûter la vie à l'incontournable cheftaine de chantier, une violente rafale de mistral ayant emporté des échafaudages sur la baronne pendant qu’elle supervisait personnellement le chantier. Le résultat n'en est que plus grandiose. La baronne possède désormais réunis sous dans un même lieu, les fastes des plus grandes époques. Un temple du raffinement.

L’ambiance d’une demeure habitée[modifier]

Les salons et appartements privés de la villa présentent dans l’atmosphère d’une demeure habitée, les œuvres d’art de grande qualité que Béatrice Ephrussi de Rothschild a rassemblées tout au long de sa vie, témoignant de son goût pour l’art et les voyages. À côté du standing inhérent aux réceptions et aux représentations, les appartements privés de Béatrice contrastent étonnamment. Toujours fastes, avec le même raffinement, ils conservent cependant une intimité particulière. Des pièces où le paraître semble banni.

* Les appartements de la Baronne Les appartements de la baronne ont gardé toute leur atmosphère. Chaque pièce dénote un grand raffinement et une grande richesse dans le choix du mobilier et des éléments décoratifs.

*La chambre de la Baronne Outre son beau mobilier et son plafond peint d’école vénitienne, la Chambre de la Baronne Ephrussi conserve une série de costumes Louis XV et Louis XVI. Enfin, la salle de bains attenante est un chef-d’œuvre de raffinement : les boiseries peintes par Leriche (fin du XVIIIe siècle) dissimulent lavabo et baignoire.

*Le salon Louis XVI Le Salon Louis XVI, aux murs décorés de boiseries peintes du XVIIIe siècle provenant de l’hôtel Crillon et au plafond peint par Tiepolo, a conservé un ensemble de sièges Louis XVI recouverts de tapisseries d’Aubusson illustrant les fables de la Fontaine.

Des collections remarquables[modifier]

Grâce aux marchands et experts dont elle a su se faire des amis, la Baronne Ephrussi de Rothschild prospecte à travers le monde entier. Elle fait de la villa de Saint-Jean-Cap-Ferrat une demeure de collectionneur épris d’éclectisme, où porcelaines, tableaux de maître et pièces de mobilier se côtoient dans un souci permanent d’harmonie.

Les porcelaines[modifier]

Le salon des porcelaines et la fabuleuse collection qu’il renferme sont l’une des merveilles de la villa. Au fil de ses voyages, la Baronne Ephrussi a constitué un ensemble de porcelaines françaises, riche en pièces de Sèvres et de Vincennes, faisant preuve d’un goût très sûr en la matière. Récemment restauré, le salon des porcelaines présente les précieux vases, plats, soucoupes et assiettes, issus des manufactures royales.

Les salons[modifier]

Le salon Fragonard recèle un mobilier XVIIIe siècle (bureau à cylindre de Saulnier, mobilier milanais en bois peint à double motif d’aigles). Nul doute que le peintre de Grasse aurait trouvé cet écrin idoine pour ses gravures et dessins. À en juger par l'état de conservation parfait des œuvres et l'atmosphère de cette pièce, Mme Ephrussi aimait cet artiste de génie. Comment résister aux lavis du grand Honoré (Femme se mirant dans un cours d'eau, Danaé visitée par Jupiter, ou S'il m'était aussi fidèle...) ? Le visiteur pourra, à l'instar de la propriétaire, se laisser séduire par la Jeune fille à la rose, de Boucher.

Le salon des tapisseries, outre le mobilier Jacob recouvert de tapisseries de Beauvais (1768), offre un large éventail des arts du XVIIIe siècle : des commodes rarissimes d’époque Louis XV, des chenets en bronze doré dits “au chinois”, une petite table à marqueterie de damiers.

Le salon des singeries : pied de nez de l'excentrique de la Riviera ? Référence savoureuse au grand siècle ? Peut-être, mais plus sûrement, bel hommage à ces petits animaux que la baronne affectionnait tant. Ce motif du singe rend bien compte des aspirations culturelles et intellectuelles de Mme Ephrussi : il montre sa passion du XVIIe siècle, ainsi que sa propension à l'originalité. Au XVIIe siècle, la fable et le pittoresque animalier sont à l'honneur. Ainsi, Jean-Baptiste Huet, l'aimable peintre des lambris, néglige les chinoiseries pourtant à la mode, leur préférant ces curieux personnages poilus, qui miment les défauts des humains. Un peu de badinerie sied si bien à Madame la baronne. C'est ce même sens de l'amusement qui triomphe dans les porcelaines de Meissen : les petits animaux en costumes jouent une petite musique, que le visiteur n'est pas prêt d'oublier !

Enfin, le salon d’art d’Extrême-Orient, très dans le goût des cabinets de Chinoiseries de la fin du XVIIIe siècle, présente des portes laque et or (XVIIIe siècle) provenant du Palais Impérial de Pékin et une vitrine d’émaux de Canton.

Site officiel de la villa Ephrussi de Rothschild

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